J’ai vu Serge-Aimé Coulibaly pour la première fois lors d’une audition en 2002. Je me souviens avoir pensé du coup que cette rencontre allait nourrir ma vie. J’en ai eu confirmation un peu après grâce à notre collaboration dans deux productions des ballets C de la B : Wolf (2003) et C(H)OEURS (2012). Dans son rôle d’interprète, Serge tenait toujours une position unique.  Mais tout au long du processus de création, il s’avérait également être une force stimulante avec ses idées, son empathie et son inspiration.

Serge-Aimé avait encore d’autres ambitions : créer ses propres spectacles, mais aussi et surtout chercher comment il pouvait partager ses expériences européennes avec les gens de son pays natal : le Burkina Faso. Cela lui a coûté beaucoup d’argent, de temps, de sang et de larmes, mais il a fondé et alimenté son propre Faso Danse Théâtre.

Serge-Aimé fait partie d’une génération d’artistes fascinants qui veulent construire des ponts artistiques entre l’Europe et le continent africain. La tâche n’est pas facile. Ce n’est pas une question de matériel, de logistique ou de géographique, mais plutôt de contenu. Comment trouver le bon équilibre entre un référant à une histoire commune (y compris ses atrocités), l’intégration des traditions culturelles du terroir et l’ancrage dans un discours contemporain ? C’est un numéro d’équilibriste extrêmement difficile mais Serge-Aimé s’y donne complètement et cela ne peut susciter que l’admiration.

Alain Platel