Entrée aux Halles de Schaerbeek il y a 38 ans, Anne Kumps a vu toute l’évolution des Halles en tant que lieu artistique et de diffusion.

Au départ, l’équipe des Halles était très petite et n’avait pas beaucoup de moyens. Celle-ci était donc très polyvalente. Après avoir travaillé avec des associations dans le quartier, Anne s’est petit à petit occupée de la programmation « jeune public ». Au fil des ans, Anne a également accompagné les différentes directions sur d’autres projets et c’est ainsi qu’elle s’est dirigée vers la production et la programmation de spectacles de cirque.

En 2013, sa longue carrière, ses choix artistiques et son soutien à la création circassienne étaient d’ailleurs salué par le Prix Bernadette Abraté – décerné par les membres du Jury des prix de critique Théâtre et Danse. A la veille de la neuvième édition de Hors Pistes, nous avons posé quelques questions à notre programmatrice.

On parle de cirque traditionnel et de nouveau cirque mais aussi de cirque contemporain ou d’aujourd’hui. Qu’est-ce qui différencient ces différents cirques ? 

Dans les années 70, on a voulu marquer la différence entre  le cirque traditionnel et le nouveau cirque. Le cirque traditionnel correspond le plus souvent au cirque sous chapiteau, il reprend des numéros et des animaux sont présents, l’économie est aussi totalement différente. Dans le nouveau cirque, la présence d’animaux et de numéros est très rare. Il s’agit plutôt d’un travail sur la dramaturgie, on s’inspire beaucoup du théâtre et on veut intégrer un propos. Le nouveau cirque est issu d’artistes qui ne viennent pas de familles de cirque, c’est-à-dire qu’ils n’ont pas été formés dans des familles de cirque mais dans des écoles de loisirs.

Ce qu’on appelle le nouveau cirque est surtout identifié au fait qu’il n’y ait pas d’animaux. Pourtant, l’absence d’animaux ne signifie pas qu’il s’agisse de cirque contemporain à proprement parler. Il existe des tas de nouveaux cirques plus traditionnels qui n’emploient pas d’animaux.

Quand as-tu découvert le cirque contemporain ? Quand pour la première fois as-tu ressenti un coup de cœur ?

J’ai découvert le cirque contemporain avec le Cirque Plume lors de son premier projet auquel j’ai assisté à Tournai. Peu de temps après, j’ai vu 2 ou 3 compagnies emblématiques.

Pourquoi ce coup de cœur ?

Je pense que c’était la façon dont la compagnie abordait le spectacle. Il y avait une très grande poésie et un fil conducteur. Toutes ces images poétiques étaient très fortes et touchaient le public, les petits comme les grands.

Le cirque contemporain a la volonté de dire, de défendre quelque chose, c’est un langage différent auquel est mêlé l’exploit technique. Je crois vraiment que cette force a fait que je me suis intéressée à d’autres compagnies. 

Comment – alors que peu de choses étaient mises en place en Belgique, as-tu pu, comment t’es-tu débrouillée pour traduire cet intérêt, ce(s) coup(s) de cœur, en une programmation ?

Le bâtiment des Halles contient une force assez incroyable de par sa hauteur et la présence d’un énorme plateau. Cela permet de réaliser des choses qu’on ne peut pas faire ailleurs et qui ne seraient pas mises en valeur de la même manière qu’elles le sont dans ce bâtiment. Il faut aussi savoir que les personnes qui travaillaient aux Halles étaient extrêmement sensibles à tout ce qui se passait au niveau des arts de la scène. Le cirque était une preuve bien vivante d’une grande ouverture et d’une grande pluridisciplinarité, c’est-à-dire que très vite, dans le nouveau cirque, les artistes se sont ouverts au théâtre, à la danse, à la vidéo, à la musique,…

Nous avions envie de montrer toute cette ouverture et toute cette curiosité. C’était une évidence de mettre en avant cette forme là, surtout compte tenu du lieu dont nous disposions.

Peux-tu nous parler de l’évolution du festival Hors Pistes ? Y a-t-il eu des grands et de moins bons crus ? Que dirais-tu de cette neuvième édition ?

Je dirais d’abord que le festival est en quelque sorte le fruit de l’après « Bruxelles 2000, capitale culturelle de l’Europe ». On a commencé très modestement.

Pour cette 9ème édition, on constate qu’il y a de nombreuses propositions belges, ce qui, jusqu’à présent, était rare. Il s’agit d’une des spécificités de ce cru. Il y a aussi 10 propositions, ce qui, je crois, est la première fois. On en profite également pour fêter les 10 ans de la compagnie Carré Curieux, qui a débuté aux Halles et que nous avons suivie sur différentes productions.

Interview réalisée par Kaya Josse