Le sujet était périlleux, tant il est difficile d’éviter la redondance quand un événement entaille autant les consciences. Or l’artiste et son complice musicien Eric Linder inventent un chant du corps sismique et élémentaire, rituel de survie aux tableaux souvent magnétiques.

Quels gestes alors mettre sur le chagrin du Bataclan, celui qu’Eric Linder n’oubliera jamais, lui qui passait ce 13 novembre dans le quartier et qui a entendu son apocalypse ?

Ceux imaginés par Perrine Valli et ses huit interprètes sont hiératiques et animaliers: ils évoquent un état de guerre impromptu et suggèrent une forêt sauvage archaïque. Voyez-les à l’instant, ils affrontent le vent mugissant d’un métro-fantôme. Ils forment une diagonale, raides dans leurs habits noirs – costume auquel Perrine Valli est fidèle d’une pièce à l’autre. Ils dressent leurs bras au-dessus de leur tête et ce sont les bois d’un cerf apeuré, ou la supplique d’une tribu stupéfaite.

Dépressive, cette célébration? Déchirante plutôt, avec des accès d’euphorie qui sont un pied de nez aux fous de Dieu.

Alexandre Demidoff, Le Temps