Je suis arrivée au roller derby grâce au réseau féministe. J’ai vu ces filles sur patins qui avaient l’air féroce et ça m’intriguait. Je cherchais à m’impliquer dans une activité collective, à me sortir de mon quotidien. Je me suis donc lancée en contactant l’équipe des Pixies de Bruxelles qui s’était créé, à l’époque, depuis un peu moins d’un an.

Depuis j’ai repris un master en sociologie et j’ai à présent  une bourse de recherche pour développer une thèse sur la manière dont le corps est un outil d’activisme dans le roller derby, l’autodéfense féministe et les performances drag king.

Le derby moderne a été créé plus ou moins en 2000 au Texas. Un groupe de femmes avaient la volonté de recréer ce sport par elles-mêmes et pour elles-mêmes. Elles ne voulaient plus être un produit de spectacle et souhaitaient être en non-mixité de genre. La WFTDA, qui est une des associations qui règlementent ce sport, est donc restée fidèle à ces règles. Pour qu’une ligue y adhère, elle doit donc notamment s’engager sur des principes de non-discrimination et se créer par et pour les joueuses. C’est donc une particularité du derby, les conseils d’administrations doivent être composés de 67% de joueuses afin d’assumer une relative non-mixité. Ça permet d’éviter une mainmise des hommes dans la fédération et nous affranchit de la culture sportive existante. C’est une force de s’être créé en dehors des cultures sportives virilistes. Il y a également une importance accordée à la non-binarité car toute personne qui estime que le derby féminin est la version du sport qui lui convient le mieux y est bienvenue, qu’elle soit une femme cis, trans ou une personne non binaire ou intersexuée.

L’apprentissage du derby est particulier, on commence par apprendre à tomber, à se rendre compte que ce n’est pas grave et à se relever. On tombe 6 fois et on se relève 7. On développe sa capacité à recevoir et donner des coups. On se découvre plus solide, plus résistante et plus agressive que ce qu’on pensait. C’est une façon de renverser la violence générale dont les femmes sont potentiellement victimes. C’est une manière de se la réapproprier et la canaliser. On apprend qu’on n’est pas, par nature, moins violente ou plus pacifiste. Le découvrir et l’exprimer est une manière de résister à la violence de la société envers les femmes.

Il y a une acceptation de tous les gabarits, on devient fière de ce que ce corps est capable de faire malgré ses complexes et son bagage. On arrive à transformer sa perception pour développer une fierté liée à la capacité plus qu’à l’apparence.

Avec les Pixies, on va plus loin sur des questions politiques. Un groupe de travail existe pour permettre une réflexion autour de l’inclusivité. C’est dans la droite ligne de ce que notre sport défend. Le derby n’est pas isolé dans sa bulle mais intégré au réseau associatif existant et s’implique entre autres dans le mouvement queer, féministe et LGBT. Les valeurs de solidarité et d’entraide sont importantes.

Rédaction: Laïla Hadi

Crédit photo: Orel Kichigai