Féminisme Libertaire ou pourquoi des femmes ont choisi un féminisme de classe pour défendre un anarchisme social ? Découvrez une autre définition du féminisme, leur besoin de s’ancrer dans la réalité et de s’impliquer dans un projet de société. Sont-elles radicales ? Juste égalitaristes, dans le bon sens du terme.

Comment votre collectif est né ?

Féminisme Libertaire est un groupe non mixte, issu du collectif Alternative Libertaire, qui se revendique de l’anarchisme social et porté sur la lutte des classes. On se bat, d’une part, pour l’amélioration des conditions de vie de manière immédiate et, d’autre part, pour une révolution sociale et libertaire. On s’inscrit donc dans une démarche en lien avec les luttes sociales et les actions collectives. C’est une composante importante de Féminisme Libertaire que de vouloir participer des mouvements sociaux et non la recherche d'une émancipation individuelle. Notre féminisme est le reflet de cette vision collective.  C’est un féminisme matérialiste qui part donc des conditions de vie des femmes, des conditions matérielles concrètes d’existence. Pour lutter contre les rapports de dominations, nous ne pensons pas qu'il suffise de « se déconstruire » pour mettre un terme au sexisme car il s'agit d'un processus individuel. Nous pensons qu'il faut penser des stratégies collectives pour établir un rapport de force, comme le mouvement ouvrier l'a fait avec le patronat.

Nous avons créé le collectif Féministe libertaire pour deux raisons, d’une part, le besoin de lutter contre le sexisme dans le milieu militant en s’organisant entre femmes (d’abords en se rencontrant et en discutant entre nous, puis en créant des outils notamment par rapport au mandat paritaire ou à la modération pendant les réunions), et d’autre part, pour s’impliquer dans un projet de société contre le sexisme, l’exploitation et l’oppression systémique des femmes. On veut croire qu’un changement social est possible.

Concernant l’anarchisme social, il s’agit d’être ancré-e-s dans les luttes sociales, là où les gens vivent et travaillent. On revendique moins le terme « anarchisme » que la volonté de partager des luttes sociales concrètes par l'intermédiaire de l’autogestion, afin de garantir l’autodétermination, l’autonomie et faire en sorte que les gens s’organisent par et pour eux-mêmes. On n’a pas besoin d’une autorité qui nous dicte comment choisir nos moyens d'action. Nous pensons qu'un travail syndical est nécessaire mais nous ne voulons pas d'un syndicalisme hiérarchisé, au fonctionnement bureaucratique et rigide. Un mouvement social est issu de la base. 

Quels sont les activités que vous proposez ?

On travaille autour de plusieurs thématiques dont l'autodéfense féministe. On s’est investi dans l’organisation de cours de boxe en non-mixité, dans des ateliers d’auto-défense verbale. Nous avons également participé à des actions pro-choix, notamment celle contre le rassemblement annuel des « pro-vie ». Nous avions organisé avec d’autres collectifs un 8 mars de luttes qui a mené à une manifestation en non-mixité d'environ 200 personnes à Bruxelles.

Le collectif a également organisé des cafés antifascistes dont un thématique, le jour de la Saint Valentin, pour visibiliser la présence des femmes dans cette lutte. Plus largement, nous sommes actives eu sein des luttes antifascistes. On écrit également des articles, quand on peut, pour mener une sorte de lutte culturelle et ne pas laisser internet à une hégémonie néolibérale ou de droite. On propose aussi des projections, dernièrement sur les unités combattantes de femmes au Kurdistan.

Pour la suite, nous sommes attentives aux mesures et aux projets de loi de Maggie De Block, notamment par rapport à la réduction de la durée de séjour en maternité à 48h mais aussi la possibilité de continuer à travailler enceinte plus longtemps et de supprimer le principe d’écartement des femmes, quand leur travail n’est pas en adéquation avec leur grossesse, en leur imposant de travailler dans un autre secteur. Ce sont des enjeux syndicaux, féministes et de classe. Que ce soit la santé ou le travail, on observe que ce sont des mesures qui sont prisent sur le corps des femmes, au détriment de leur bien-être et de leur santé.

Comment définiriez-vous votre féminisme ?

On parle de féminisme de classe et de non-mixité inclusive nous concernant. On choisit de parler de féminisme de classe, car, il y a une instrumentalisation du patriarcat par le système capitaliste pour assurer l’exploitation de toutes les femmes.   

Par exemple, concernant la santé, on souhaite que l’accès aux soins soit gratuit, accessible et de qualité. On sait que toutes les mesures prises par le gouvernement retombent sur les femmes les plus précaires. On milite notamment pour le droit à la contraception, à l’avortement et à une maternité saine et sereine qui favorise l’information et l’autonomie par l'accès aux savoirs et le respect des choix.

On constate que le fait d’être exposé à certains métiers hyper précaires, l’imposition de la flexibilisation des travailleuses,… ont des impacts non négligeables sur la santé. On pense par exemple aux personnes qui sont en charge du nettoyage. Ce sont des métiers qui reposent clairement et majoritairement sur les femmes. Pleins d’enjeux sont à l’intersection entre le patriarcat et le capitalisme.

On n’est pas un collectif à proprement dit antiraciste, on ne se sent pas légitime, mais on pense la solidarité intersectionnelle. On sait que notre expérience est située et on réfléchit à ce que signifie notre rôle d'alliée. On essaie de se décentrer et d’accepter que notre point de vue n’est pas le seul valable. Le féminisme est un mouvement hétérogène par lequel on peut s’unir autour des différentes expériences de domination, en prenant conscience des oppressions qu’on fait nous-même subir. 

Le féminisme est un mouvement qui a été intellectualisé et c’est dommage. Ça masque les luttes concrètes qui existent ou ont existé et qui ont été menées par des personnes qui ne sont pas nécessairement universitaires. En tant que femme, nous sommes totalement légitime ne fut-ce que par nos expériences. Même si nous ressentons le besoin de lire pour établir des liens et mieux appréhender nos vécus, nous n'avons pas besoin de lire on ne sait quel-lle-s auteur-e-s universitaires pour être féministe. Par ailleurs, aujourd’hui, il existe une quantité d’articles, de blogs, de vlogs,…sur internet qui vulgarisent et rendent l’information accessible.  

Laïla Hadi

Crédit photo: Jo Bd