Nous nous sommes entretenus avec Juicy, un duo R&B féminin qui sortira son EP "Cast A Spell" en mars prochain. Juicy c’est deux nanas pleines d’humour et de second degré pour qui féminisme ne rime pas avec extrémisme. Pourtant, certains ont attribué à leur premier clip « Count our Fingers Twice » l’étiquette feminazi… Rencontre.

Qui est derrière Juicy ?

Julie : On est Julie Rens et Sacha Vovk, on s’est rencontrées au conservatoire de Bruxelles, en jazz, il y a plus ou moins 7 ans. Nous avons commencé à faire de la musique ensemble dans différents projets mais de manière éparse. Il y a deux ans, on nous a proposé de faire un concert « one shot », sur le thème de l’inconfort, pour le vernissage d’une exposition du collectif Les Amis De Ma Mère.

Sacha : On s’est dit qu’on allait reprendre quatre ou cinq morceaux sexistes et misogynes des années 90, début 2000, et les refaire à notre sauce. Cette envie découlait du fait que ce sont des morceaux, que plus jeunes on adorait et qu’on entendait tout le temps, mais également parce qu’on avait envie de souligner le texte, les rendre aussi bêtes qu’ils le sont. C'est-à-dire que, sortie de nos bouches, c’était assez drôle.

Vous pouvez un peu nous parler de votre premier clip Count our Fingers Twice ?

Sacha : Ça faisait presque deux ans et demi qu’on faisait ces reprises, quand on a voulu tenter d’écrire ensemble. Les textes parlaient des femmes parce que c’est ce qu’on est, c’est notre expérience. On a commencé à écrire ce premier morceau (Count our Fingers Twice) qui ressemblait, au début, à un yaourt et dans lequel on imaginait l’histoire d’une vengeance.

Julie : Pour les thématiques des morceaux, on avait envie de garder du second degré. On s’est dit ok, : pendant deux ans on a repris tous ces morceaux misogynes où la meuf est un objet, renversons la situation, inversons les rôles. Du coup, ce premier morceau est un peu une vengeance par rapport aux paroles de tous ces chanteurs pendant 15 ans [rire], enfin pendant 15 ans, encore maintenant. On voulait inverser la situation avec humour.

Vous en êtes où dans ce projet musical ?

Julie : On sort un EP cinq titres le 22mars lors d'un concert à l'Ancienne Belgique (et le 23 mars au Beursschouwburg) pour lequel on a décidé de réaliser un clip pour chaque morceau, le prochain sort mi-février et ensuite on en sort un par mois.

Sacha : On ne connait pas encore notre public pour les nouvelles compositions. On espère que celui des reprises va apprécier. C’est différent, même si ça reste dans la même veine musicale. Jusque-là, on bricolait à fond avec des sonos pourries, on jouait dans la rue, on avait donc besoin de matos compact. Maintenant, on s’étale beaucoup plus parce qu’on veut que le son soit plus « fat ».

Comment se déroule votre processus artistique ?

Sacha : Ça va assez vite.

Julie : C’est ce que j’expliquais à Sacha l’autre jour, quand on est à deux, c’est comme si on avait 8 ans, on s’imagine un jeu en se disant que tout est vrai. On a un peu ça quand on pense à des textes. On imagine d’abord le clip, des images et les textes viennent dessus.

Vous faites appel à qui pour vos clips ?

Sacha : Le premier clip qui est sorti (Count Our Fingers Twice), c’est un ami à Julie, Jan Schmicker, qui l’a réalisé. Il adorait notre groupe de reprise, quand il a appris qu’on allait composer, il a absolument voulu nous faire un clip. On avait une idée de poursuite dans la jungle, lui adore la Bande Dessinée Tank Girl, deux univers ce sont rencontrés.

Est-ce que ça a été compliqué pour vous de porter vos revendications ?

Julie : On nous a dit que notre clip était un clip de « feminazi ». On est féministe dans le sens où on est pour l’égalité homme-femme mais sans plus. Cet EP est vraiment en lien avec les reprises qu’on a faites, mais on ne sait pas si tous les albums ou Ep qu’on va faire traiteront du même sujet. On a juste abordé, avec beaucoup d’humour, un thème qui est effectivement porteur d’un fond pour l’égalité homme-femme, mais on n’est pas du tout fâchées [rire].

Sacha : On n’est pas extrêmes, mais on est super contentes de pouvoir aborder le sujet en y amenant de l’humour. C’est important d’en parler et c’est cool de voir que ce clip a gêné beaucoup de mecs, des filles aussi, mais surtout des hommes. C’est quand même chouette de faire réagir les gens avec de l’humour.

Julie : C’est fait avec beaucoup d’humour et on espère que les gens le captent. On a eu des réactions, avec ce premier clip, de personnes qui trouvaient ça choquant. Quand on prend deux secondes pour relativiser, les images ne sont pas du tout violentes, c’est surtout de la suggestion. Ça reste moins « trash » que la plupart des autres clips que tu vois. C’est juste que le nôtre est inhabituel parce qu’il touche à la virilité et donc ça dérange. On remet un peu les choses à niveau avec du dessin et de la caricature.

Quels sont vos futurs projets ?

Sacha : On travaille sur nos futurs concerts et on compose la musique de L’Eveil Du Printemps, une pièce de théâtre mise en scène par Armel Roussel.

Julie : On a très envie de jouer, de tourner en dehors de la Belgique et d’écrire pour un nouveau projet. On se rend compte que c’est difficile de composer ici, d’être dans sa vie active et de se concentrer en même temps sur l’écriture. La première fois on est parties dix jours dans la Drome avec que ça à faire.

Vous voulez rajouter quelque chose ?

Julie : Aller checker le deuxième clip qui sort mi-février et qui réconciliera ceux qui ont détesté le premier. Ça parle de deux filles qui se rendent compte qu’elles sortent avec le même mec.

Sacha : C’est le clip le plus 90’s qu’on a, d’ailleurs quand on l’a écrit, on a travaillé avec Mambele et il nous a tout de suite parlé du clip de Usher et R.Kelly qui s’appelle Same Girl parce que c’est vraiment la même histoire.

Laïla Hadi

crédit photo : Benoît Do Quang