"Le totalitarisme ne tend pas vers un règne despotique sur les hommes, mais vers un système dans lequel les hommes sont superflus." (Hannah Arendt)


Si Hannah Arendt a raison, alors nous sommes entrés pour de bon dans le moment totalitaire. Sur notre terre errent des dizaines de millions de déplacés, que l’économie planétaire tolère plus ou moins, en attendant qu’ils se décident à disparaître enfin, car elle n’en a aucun besoin. Des dizaines de millions de cols blancs les rejoindront bientôt, remplacés plus utilement et à moindre coût par des intelligences artificielles. Dans nos démocraties mêmes, les citoyens sentent qu’ils perdent prise sur un système qui auto-génère ses règles dans une splendide autarcie à laquelle ils n’auront jamais part. Un individu ne vaut rien, ne pèse rien. Les dérèglements du règne de l’anthropocène font comprendre au contraire que, pour survivre, non seulement les hommes sont superflus, mais que le monde irait mieux s’ils étaient moins nombreux, beaucoup moins nombreux.

La part de l’humanité la plus riche et technologiquement la plus avancée s’apprête déjà à quitter le monde dont font partie l’immense majorité des superflus : les flux financiers échappent dans des paradis fiscaux, les plans d’îles artificielles déterritorialisées sont déjà prêts, les fusées se construisent, la terraformation se prépare. Aux superflus, on laissera la terre, dévastée.


Reste-t-il quoi que ce soit de sacré, à opposer à cette dévastation ? Et s’il restait quelque chose que nous puissions déclarer sacré, y croirions-nous vraiment ? Ou nous dirions-nous, dans notre for intérieur, que ce n’est malgré tout qu’une fiction plus ou moins partagée ? Ou que ce noyau sacré ne l’est qu’à titre provisoire ? Demeure partiel, subjectif, personnel, en aucun cas universel et donc, au fond, frappé d’invalidité.

Mais, inversement, comment en sommes-nous arrivés à considérer comme sans valeur ce qui est subjectif, personnel, ce qui fonde notre individualité, notre rapport intime aux communautés, au monde ? Comment en sommes-nous venus à nous désacraliser ? Qu’adorons-nous qui nous demande de renoncer à nous ?

Autour de ces questions, les Halles rassemblent 90 jeunes artistes, étudiants et intervenants, issus de 5 pays, pour quinze jours de pensée en action, de prises de parole, de débats, de mises en jeu. Préparées pendant deux mois, en lien avec des habitants et des amateurs de Bruxelles, par 17 jeunes artistes ces soirées sont toutes en entrée libre.

Du 17 au 28/04, pour le sacré, les Halles sont grandes ouvertes !