Minuit est un projet conçu par un artiste de cirque pour un théâtre. C’est une nuance qui a son importance. La notion de théâtralité au coeur de notre démarche y est traitée avec la plus grande matérialité.

Minuit se réinvente dans chacun des théâtres, à la mesure singulière de ces lieux, grâce à nos agrès, comme si la scénographie dans laquelle s’inscrivent nos actions était la cage de scène elle-même. Jouer avec le théâtre est donc à entendre dans son sens propre. Il est important qu’il y ait du vide entre nos agrès et que la cage de scène soit emplie d’hétérogénéité, pour permettre, avec ce jeu d’agencements, une écriture. Ces espaces révèlent le théâtre comme notre premier agrès. Le jeu est une notion transversale à toute ma recherche et c’est de là que le processus de création se met en marche : chercher d’abord à jouer ensemble. "Jeu" est à entendre dans son plus large sens.

J’aime sa définition mécanique : espace laissé entre deux pièces pour leur permettre de se mouvoir librement.

Dans l’approfondissement de cette recherche, j’aime intégrer, construire ou reconstruire des dispositifs physiques permettant d’amplifier un rapport de forces particulier, la non-manipulation, qui contraint l’acteur et se joue de lui. Le sens émerge donc de cette lutte, de ce corps à corps entre le dispositif et l’individu. Ces dispositifs ont en commun qu’ils rendent perceptible un point de suspension. Le "point de suspension" est une expression de jongleur pour dire ce moment furtif où l’objet lancé en l’air atteint le sommet de la parabole, juste avant la chute.

J’ai pour passion la quête de ce point. Présent absolu. Endroit idéal - lorsque l’envol d’un corps atteint son apogée, et lorsque la chute n’a pas encore débuté. Absence de poids. Instant de tous les possibles.

Yoann Bourgeois