Qui est Là ?

Nous deux avec Gus. Là, c’est l’idée de revenir à l’essentiel, le corps, la voix, le rythme, la matière. Là ce sont aussi les prémices d’un diptyque qui va s’appeler Là, sur la falaise. Ce premier projet c’est l’occasion de se replonger dans nos pratiques, dans tous nos possibles et nos impossibles. Ce diptyque développe trois grandes lignes de recherches, le noir et blanc pour le travail des matières et la transformation des espaces, l’équilibre et le déséquilibre pour aborder le travail du corps et de la voix, et enfin la mise à nu et la transformation dans le travail aux côtés des animaux. Ces territoires de recherches doivent faire corps pour faire naître deux spectacles, deux formes qui s’inscrivent dans un même élan. Chercher à entrer dans une forme de transe afin d’essayer de résister à un monde où l’homme se dissocie du reste du vivant. Et plonger dans les territoires intérieurs de chacun, pour nous relier les uns aux autres.

Qu’est-ce qui vous plaît dans le rapport au corps avec un oiseau ?

Gus sent tout. Bien souvent il sait avant nous dans quel état émotionnel nous nous trouvons. Il est en permanence dans la perception de ce que dégage nos propres corps. Travailler à ses côtés place directement le curseur sur le ressenti. Savoir évoluer ensemble sur le plateau est avant tout une histoire d’état. Lui ne fabrique pas d’émotions, il est en réaction à l’ici et maintenant, c’est cette justesse là que nous recherchons à ses côtés c’est un mélange de maîtrise et d’abandon.

« NOUS CRÉONS DES FORMES POÉTIQUES »

Pensez-vous que l’homme a épuisé ses ressources propres en matière de création dans la danse contemporaine ?

La solution pourrait être un certain transhumanisme. Nous essayons plutôt de chercher de l’autre côté, de nous mettre à nu en partant à la recherche de tous nos possibles, cachés dans nos bosses et nos trous intérieurs. Les animaux de la compagnie sont comme des passeurs, ils nous relient au « sauvage en nous », ils nous aident à mettre en lumière les liens entre humains et animaux, et permettent de rendre perceptible ce que parfois on ne peut expliquer. Explorer avec des animaux ou explorer avec des humains c’est explorer le vivant et d’une certaine manière défendre l’idée qu’il y aurait comme un manque en nous qui est dans les autres et comme un manque dans tous les autres qui est en nous. Nous créons des formes poétiques dans lesquelles s’explorent les thèmes de l’identité, de ce qui nous lie. L’humain cherche en permanence le miroir de lui-même dans son environnement ; pourtant, aujourd’hui, la question n’est pas de savoir qui est le plus intelligent ou ce qui nous sépare, mais plutôt comment fonctionne chaque être, quels sont nos territoires intérieurs communs.

Vous semblez travailler sur les contraires, noir et blanc, équilibre et déséquilibre, homme et animal, qu’est-ce qui vous intéresse dans la confrontation des oppositions ?

Travailler sur le noir et le blanc c’est l’idée justement d’essayer de dépasser ce besoin de penser le monde en deux : le jeu entre le noir et le blanc doit donner à ressentir les basculements subtils entre équilibre et déséquilibre, le choix du noir et du blanc c’est chercher l’épure mais aussi chercher autour de la contagion mutuelle de ces deux couleurs, rendre palpable l’impasse d’un certain manichéisme, tout est lié, tout est relié, tout bouge, tout se transforme.

PROPOS RECUEILLIS PAR NATHALIE BECQUET ET MAÏWENN REB OURS (MONTPELLIER DANSE), JANVIER 2018