Le marketing new tech nous laisse imaginer que, grâce aux propriétés « immersives » et « interactives » des technologies numériques, nous allons plonger dans un monde nouveau de relations directes, quasi fusionnelles, avec un univers dont nous allons pouvoir saisir la totalité de manière sensible. Comme si, grâce au virtuel, nous allions être branché d’une manière immédiate, « désintermédiée », avec un réel d’une qualité augmentée. Comme si la frontière entre la position de spectateur et celle d’acteur allait être abolie, ou que les deux oiseaux légendaires des Upanishads (celui qui mange, et celui qui regarde celui qui mange) – et, faudrait-il ajouter : ce qui sert de nourriture à celui qui mange -, retrouvaient une unité perdue.

A sa façon, VISIONS s’attache avec une certaine ironie à contrarier cet imaginaire fusionnel. Les dispositifs présentés travaillent la fragmentation, l’impossible recueil d’une totalité toujours en fuite, ou bien l’échappée de la globalité d’une scène quand bien même vous pouvez la saisir sous tous les angles et points de vue, la polymorphie des pratiques et des fantasmes qui se nouent autour d’un objet porteur d’un rituel commun, le hors champ et le montage, l’irrépressible débord du temps, la distance qui s’installe au cœur même d’une expérience tout à fait simple éprouvée par votre propre corps…

Il se glisse, partout et toujours, de l’écart.

Il y a, entre les œuvres présentées aux Halles, bien des affinités discrètes, qu’on vous laisse le soin de découvrir, de faire résonner. Ainsi, ce n’est pas tout à fait par hasard que plusieurs jouent sur le registre du mythe ou du sacré. Mais la clé essentielle, la note de fond, c’est l’échappement. Echappement à l’unité, y compris avec soi ; échappement au sens unique ; échappement à la totalité.

Donc circulez, ça ne tourne pas rond : il y a beaucoup à voir et, non, ce n’est pas tout.