Que fait-on avec le rien ? Comment l’occupe-t-on ? Est ce qu’on sait encore jouer dans le vide, avec trois fois rien ?

Le spectacle est conçu comme une scène originelle. Au commencement trois murs blancs, immaculés, comme des pages vierges, un espace vide. Puis, comme une coquille, l’un des murs se fendille puis se brise, un pied apparaît, puis une jambe, et s’extirpe enfin un homme. Plus tard, un autre pied se fraye un chemin à travers le mur, une femme s’en extrait, interloquée. Débute alors un étrange dialogue, une rencontre amoureuse du troisième type, conçue en noir et blanc comme pour en souligner l’intemporalité. Pour inventer quelque chose, il convient d’abord de trouver un langage, le corps à corps, pour ensuite, explorer tous les langages : le chant, l’onomatopée, la danse, la peinture, le son. Si d’abord il est question de remplir l’espace par la rencontre de deux êtres, un oiseau de superstition, un corbeau-pie, s’immisce.

En croisant opéra lyrique, théâtre, et performance artistique du côté de Jackson Pollock et Yves Klein, Là séduit et accroche : ce spectacle minimal ne fait que suivre avec une infinie poésie les mouvements de la vie. Sans niaiserie, avec cette pâte catalane reconnaissable et qui sied si bien au cirque, loufoque et subversive, les artistes nous rappellent qu’il nous reste à tous l’écoute pour avancer.

Sophie Puig (mouvement.net)