Halles-L'assemblée d'avril

L'assemblée d'avril

L’assemblée d’avril, c’est 10 jours pour réfléchir, inventer, partager et créer ensemble les libertés individuelles et collectives dont nous avons tant besoin aujourd’hui… Du 18 au 28 avril, nous vous invitons à co-créer avec nous un imaginaire et un horizon à la hauteur des défis que nous devons relever.

Venus du Canada, de Haïti, de Côte d'Ivoire, du Mali, du Burkina, d'Italie, d'Espagne, du Portugal, de France et de Belgique, vingt-cinq penseurs et artistes, soixante étudiants d’écoles supérieures artistiques sont rassemblés aux Halles durant 11 jours. Ils sont là pour échanger avec vous, pour vous rencontrer, et pour esquisser, à partir de vos histoires et des matériaux que vous apporterez, des propositions artistiques collectives.

Les résurrections de l’idée de liberté, la question de la dette grecque, les tours et détours complexes de la construction démocratique au Mali, les faux consensus à l’ère de l’austérité, le détournement de la contestation populaire spontanée, les modes de développement alternatifs, l’influence de Microsoft sur les choix stratégiques en matière d’enseignement supérieur… Voici quelques-uns des thèmes autour desquels vous pourrez converser avec les intervenants.

Vous pourrez les entendre à 18h30, et ensuite échanger avec eux de manière plus informelle, au cours du diner qui suit, ou du déjeuner du lendemain. Tous les soirs après ces rencontres, les étudiants présenteront des créations éphémères, autour de la démocratie et des libertés. Ces créations seront pour partie tirées de leurs inspirations, pour partie nourries par les intervenants, et pour partie tissées d’un processus d’échange direct avec vous, aux Halles mais aussi dans tout Bruxelles.

L’assemblée d’avril, c’est 10 jours pour réfléchir, inventer, partager et créer ensemble les libertés individuelles et collectives dont nous avons besoin aujourd’hui… Et au 11e soir, une grande fête improvisée clôturera les nombreux débats et riches échanges !

Olivier Neveux

ma 18.04 > ve 28.04

Professeur d’Histoire et d’esthétique du théâtre.

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Aujourd’hui Professeur d’Histoire et d’esthétique du théâtre à l’Ecole normale supérieure de Lyon, Olivier Neveux sera l’une des chevilles ouvrières de l’assemblée d’avril.

Il assurera notamment la préparation des étudiants (et du public volontaire) à la plupart des Grandes conversations. Spécialiste du théâtre politique, il nourrira également les étudiants de ses retours sur leurs mises en jeu quotidiennes.

Pour faire connaissance avec Olivier Neveux, on pourra lire, parmi une bibliographie riche, l’un de ses plus grands livres : Politiques du spectateur, aux éditions de La Découverte.

Michèle Riot-Sarcey

ma 18.04 — 19:30

Historienne du politique et du féminisme, professeur émérite à l'université Paris VIII.

Le procès de la liberté

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Michèle Riot-Sarcey, est professeure émérite d’histoire contemporaine et d’histoire du genre à l’université Paris-VIII-Saint-Denis, et historienne du politique et du féminisme.

Elle est notamment l’auteure de La Démocratie à l’épreuve des femmes. Trois figures critiques du pouvoir, 1830-1848 (Désirée Véret, Jeanne Deroin, Eugénie Ni-boyet) (Albin Michel, 1994), Le Réel de l’utopie (Albin Michel, 1998), Histoire du féminisme (La Découverte, 2002, 2015), 1848, la révolution oubliée (avec Maurizio Gribaudi, La Découverte, 2008, 2009).

En 2016, elle reçoit le prix Pétraque de l'essai France Culture - Le Monde pour son livre Le procès de la liberté : une histoire souterraine du XIXe siècle en France, Éditions La Découverte.

Cette même liberté, partout en Europe, est invoquée comme une valeur fondamentale, dans laquelle nous baignons et communions tous allègrement et dont, après les « Etats voyous », l’ennemi unique serait aujourd’hui le terrorisme islamiste. Mais quelle liberté célèbre-t-on au juste ? Le mot s’est prêté à bien des dévoiements : la « « libéralisation » a pris la suite de la « dérèglementation », pour libérer des flux commerciaux et financiers, pas des êtres humains.. Le refrain du « développement inviduel » accouplé à l’hymne à  la « liberté d’entreprendre », a accouché du mythe du « tous entrepreneurs », mais accompagné l’extension de la précarité. Et derrière l’économie de partage et la liberté d’initiative, la désintermédiation et le l’interventionnisme de l’Etat, se cache aussi Uber, qui prospère sur l’asservissement progressif de ses chauffeurs.

Sous le signe des thèses de Walter Benjamin, Michelle Riot-Sarcey nous incite à déchirer la trame des contraintes auxquelles nous accordons foi, pour redonner vie à l'idée d'émancipation par le pouvoir d'agir et retrouver la liberté en actes si chère à ceux qui se sont battus en son nom.

Ludovic Lamant

me 19.04 — 18:30

Journaliste, correspondant de Mediapart à Bruxelles.

Squatter le pouvoir ?

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Passé par l'agence Reuters et la rédaction des Cahiers du Cinéma, Ludovic Lamant couvre, en poste à Bruxelles depuis 2012, le feuilleton des crises européennes pour Mediapart. Il a publié un guide sur l'Argentine (La Découverte, 2011) et un essai sur les nouvelles politiques espagnoles (Squatter le pouvoir, Les mairies rebelles d'Espagne, Editions Lux, 2016).

Afin de réaliser ce dernier ouvrage, Ludovic Lamant a rencontré des dizaines d’Espagnols, dont les maires emblématiques de ces « villes rebelles » pour comprendre les sources, ressources, forces et limites de ces vecteurs de revendications civiles et modes d’organisation politique.

Quels sont les ressorts des succès de ces « communes » d’aujourd’hui ? Sont-elles modèles pour des alternatives progressistes en Europe ? Est-ce la vigueur et l’ancrage des mouvements sociaux, la tradition de résistance à une transition post-franquiste inachevée, la colère face aux pratiques politiques en usage dans un pays ravagé par la corruption et des mesures d’austérité aveugle, qui expliquent le développement de ces « communes », là où Nuit Debout par exemple n’a pas su s’ancrer ? Est-il important que les mouvements qui portent ces « communes » prennent le pouvoir au niveau national, ou serait-ce antinomique avec leur souci des problématiques locales ?

Car c’est en fait la pression que les pouvoirs centraux imposent aux villes que ces mouvements contestent : ils défendent la revitalisation des quartiers défavorisés, s’opposent à la dévastation de l’habitat induit par les expulsions immobilières conduites par les grandes banques, s’attachent à développer la pratique des langues régionales. Et Ludovic Lamant voit dans le passage de la forme-manifestation à la forme-occupation de l’espace public – de la Puerta del Sol à Nuit Debout - « le même désir de communauté à l’œuvre face à l’ubérisation du monde du travail et à l’offensive du capitalisme absolu ». Le renouveau européen s’effectuerait donc par la mise en réseau d’initiatives locales, sources d’un « nouvel imaginaire politique » initié par des ligues de cités d’un nouveau type.

 

Eric Toussaint

je 20.04 — 18:30

Économiste et porte-parole du Comité pour l'annulation de la dette du tiers monde International (CADTM).

Dette illégitime, dette illégale, dette odieuse

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Économiste et porte-parole international du Comité pour l'Abolition des Dettes Illégitimes (CADTM), Éric Toussaint est docteur en sciences politiques des universités de Liège et de Paris VIII.

Il est l’auteur de nombreux ouvrages dont Bancocratie (ADEN, Bruxelles, 2014) ; Procès d’un homme exemplaire (Éditions Al Dante, Marseille, 2013) ; Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui (Le Cerisier, Mons, 2010).

En 2015, il coordonne les travaux de la Commission pour la Vérité sur la dette publique de la Grèce créée par la présidente du Parlement grec. Cette commission aujourd’hui dissolue poursuit ses travaux et s’est dotée d’un statut légal d’association sans but lucratif.

Témoin et acteur de la saga récente des différentes dettes dites publiques, Eric Toussaint reviendra sur quelques épisodes denses récents et leurs enjeux.

Camille Chalmers

ve 21.04 — 18:30

Socio-économiste, membre du forum Mondial des Alternatives.

Haïti, laboratoire pour un développement alternatif

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Le divorce entre le champ politique et les réalités concrètes du pays est un élément essentiel des crises qui se succèdent à Haïti.

En 1986, les Haïtiens se sont soulevés contre Jean-Claude Duvalier pour en finir avec l’autocratie mais également pour construire une réelle démocratie avec des changements qualitatifs. Depuis, les forces dominantes ont cherché à récupérer ce projet en le réinterprétant à travers une démocratie de façade, limitée et réduite au jeu électoral. Ce divorce entre deux visions de la démocratie, deux processus, est le cœur même de la crise et de l’impasse que constitue cette transition inachevée.

A certaines spécificités près, le schéma haïtien se retrouve dans bien des démocraties. Combien de citoyens diraient, en Europe, qu’on ne vit qu’une démocratie de façade, réduite au jeu électoral ? Que les mobilisations et enjeux populaires sont déviés, détournés ? Que la classe politique traditionnelle n’a plus d’idéologie claire, qu’elle se range sous la bannière d’un libéralisme financier aux conséquences douteuses, qu’elle utilise la dimension de la peur (la menace terroriste jouant le rôle de la catastrophe naturelle) pour effacer des consciences les débuts d’organisation d’une société civile alternative ?

Socio-économiste haïtien spécialisé dans l’analyse des processus d’intégration et la formulation de politiques publiques alternatives, membre du Forum Mondial des Alternatives (FMA), Camille Chalmers évoquera la situation haïtienne pour mieux éclairer la situation mondiale.

Julie Paquette

sa 22.04 — 18:30

Professeure adjoint à l’École de philosophie et d’éthique publique de l’Université Saint-Paul à Ottawa.

Être ou ne pas être Charlie ?

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Dans l’Italie des années 1970, Pier Paolo Pasolini repérait le développement de ce qu’il nommait un nouveau fascisme. Pour lui, ce nouveau fascisme met en scène une société basée sur une contestation permanente mais superficielle qui, en trame de fond, engendre un conformisme plus pernicieux que le fascisme d’un Mussolini.

Contre ce nouveau fascisme, Pasolini appelait la jeunesse à résister par la provocation, l’outrance, le scandale. Mais il était conscient qu’un mouvement, un slogan, des actes, un film, une poésie ou une insurrection, pouvait être récupérée par le pouvoir, qui saurait alors s’en trouver renforcé plutôt qu’ébranlé.

Comment alors encore contester l’ordre, déjouer les ruses et pièges du nouveau fascisme ?

En partant des mouvements étudiants québécois de 2012 et 2015, Julie Paquette - Professeure adjoint à l’École de philosophie et d’éthique publique de l’Université Saint-Paul à Ottawa, Julie Paquette -  s’attellera à nous en indiquer les chemins, en compagnie de Pier Paolo Pasolini.

José Soeiro

di 23.04 — 11:30

Docteur de la faculté d’Economie de l’Université de Coimbra (Portugal), sociologue du travail et de l’action collective.

Pour en finir avec le bon sens populaire

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Nous vivons une crise complexe. Mais lorsqu’il s’agit de parler des causes de cette crise, ou de ses solutions, le discours ambiant se résume à une série de principes simples, dont les formules semblent conformes au bon sens populaire, et que nous adoptons naturellement.

Nous avons vécu au-dessus de nos moyens. Gérer le budget d’un pays, c’est comme gérer le budget d’un foyer.  Un Etat doit être dirigé comme une entreprise. Nous sommes tous des entrepreneurs en puissance. Notre système de protection sociale nous handicape face à la mondialisation...

Chacune de ces formules brèves, simples, est reprise en boucle dans les discours politiques, les médias, par les « décideurs ». Leur répétition perlée finit par les installer comme des évidences premières, à partir desquelles nous raisonnons, ou dessinons le cadre des débats, délimitons les horizons du possible. Même lorsque ces formules ne nous convainquent pas, elles instillent l’état d’esprit, le climat général dans lequel nous vivons et appréhendons la crise, entourant le présent d’une sorte de fatalité que nous devons assumer de toute façon, et dont peut-être même nous sommes plus ou moins sournoisement coupables.

Faut-il diriger un pays comme une entreprise ? La dette d’un foyer est-elle comparable à celle d’un Etat ? Les vieux font-ils peser un fardeau social sur les jeunes ?

Docteur de la faculté d’Economie de l’Université de Coimbra, sociologue du travail et de l’action collective et aujourd’hui Député de Porto, José Soeiro nous entraînera à cette auto-défense mentale, en déconstruisant quelques-uns des clichés qui conditionnent notre rapport quotidien aux choix politiques actuels.

Camille Laura Villet

di 23.04 — 16:00

Psychanalyse, philosophe et spécialiste de l’abstraction.

L'art est-il légal ?

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Octobre 1926 : le sculpteur roumain installé à Paris, Constantin Brancusi, est invité à exposer aux Etats-Unis pour la quatrième fois. Le Tariff Act prévoit l’entrée en franchise des œuvres contemporaines, pourvu qu’elles soient originales, sur le territoire américain. Alors qu’elles n’ont jamais été inquiétées par le passé, les sculptures de Brancusi éveillent cette fois la suspicion d’un douanier. Estampillées « produits manufacturés » elles sont taxées à hauteur de 4000$, soit 40% de leur valeur déclarée. Brancusi riposte. Il intente un procès contre les Etats-Unis, avec l'aide de Duchamp.

Novembre 1928, le jugement donne raison à Brancusi. Sans le savoir, les juges viennent de livrer passage à l’industrialisation de l’art ainsi qu’au développement abusif de son marché.

Camille Laura Villet, Docteur en philosophie et guide-conférencière, vous propose de prendre part au premier procès de l’histoire de l’art moderne, afin de mieux comprendre l’abstraction ainsi que les soubassements de l’art contemporain et de son marché. Car revisiter le procès Brancusi avec Camille Villet, c’est poursuivre l’ouverture malicieuse de Duchamp vers une démocratisation ambigüe du champ de l’art.

Yacouba Konaté

lu 24.04 — 18:30

Philosophe, curateur, Yacouba Konaté dirige le Marché des Arts du Spectacle Africain .

Libérons-nous en Zouglou - la contestation aux détours de l’esthétique africaine.

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Professeur de philosophie à l’université de Cocody à Abidjan, Yacouba Konaté est aussi un praticien de la culture.  Écrivain, critique d’art, il est aujourd’hui directeur du MASA et commissaire du Pavillon de la Côte d’Ivoire à la prochaine Biennale de Venise.

Grand connaisseur d’Adorno, Yacouba Konaté n’a jamais hésité à le soumettre à la question : pourquoi en a-t-il autant contre l’art de masse en général, et contre le jazz en particulier ?

En Afrique, approcher l’art par le « bas », par le côté des couches populaires plutôt que par celui des élites, c’est aussi le prendre par le côté de la contestation, de l’exigence de libertés portée par ceux que révolte la faillite des appareils d’Etat confiscateurs, en collusion avec une mafia d’affaire souvent postcoloniale. Et c’est, en même temps, interroger les standards occidentaux en matière de jugement esthétique.

Yacouba Konaté instaure une théorie de l’histoire de l’art comme champ social et politique articulé aux contingences du réel africain, plutôt que comme un appareil de classification critique à décliner, ici comme là-bas, en Afrique comme ailleurs.

En suivant le parcours d’Alpha Blondy, la naissance du Zouglou, la commande d’une biennale « africaine » à Dakar, Yacouba Konaté ne nous apprend pas seulement à remettre en question nos évidences et nos représentations sur l’Afrique – continent composite –, le peuple, l’art, l’institutionnalisation et ses ruses.

Ironiste discret, il nous exerce à nous déprendre des prégnances dominantes. Car l’identité n’est pas d’essence. Elle se fait, elle se produit. C’est, comme la liberté, une performance.

Adama Traoré

ma 25.04 — 18:30

Metteur en scène, auteur, président de la Coalition Malienne pour la Diversité Culturelle.

Tours et détours de la construction démocratique : le cas malien

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Metteur en scène, auteur, artiste pluridisciplinaire et organisateur culturel, Adama Traoré est le président de la Coalition Malienne pour la Diversité Culturelle.

En 1991, après 23 années de dictature au Mali, le peuple se soulève et la population de Bamako fait face à l’armée. Presque aussitôt, la démocratie naissante fait l’objet d’attentions et de conseils multiples de la part des puissances démocratiques « historiques », et des bailleurs de fonds internationaux.

Des plans d’ajustement structurels, imposés par la Banque mondiale, entraînent une réduction des dépenses publiques. Certains maliens, de plus en plus nombreux, en sont venus à considérer la démocratie comme un mot vide, au mieux une illusion, au pire un produit d’importation glamour masquant une opération d’asservissement.

Vingt ans plus tard, tout s’effondre. Les répercussions de la chute de Khadafi cristallisent les conditions d’une crise déjà en germe dans le Nord-Mali. Rapidement, un coup d’état militaire balaie un pouvoir central fragile, déjà expulsé du Nord. Depuis, le pays a connu de nouvelles élections libres, mais comme le souligne Vincent Hugeux, « l’élection ne fait pas la démocratie », qui n’apparaît encore que comme un lointain mirage.

Acteur clé de la diversité culturelle malienne, Adama Traoré est aussi un formidable conteur. Et les leçons que nous pouvons tirer de son approche concrète de la construction démocratique au Mali nous concernent de très près : elles nous permettent de comprendre sous un jour neuf – et sans perdre le principe d’espérance – les situations complexes et les dérives auxquelles, en Europe, nous sommes aujourd’hui confrontés.

Sophie Pène

me 26.04 — 18:30

Professeur à l’Université Paris Descartes, Vice-président du CNNum (Conseil national du numérique, France).

Vers une démocratie augmentée ?

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Depuis quelques années la langue courante emploie volontiers le mot « numérique », comme adjectif ou comme nom dans de nombreuses expressions. On parle d’art numérique, de pédagogie numérique, voire même de société numérique, ou tout simplement, « du » numérique, comme d’un gros morceau de réalité indifférencié. « Numérique »  semble désormais prendre le pas sur « informatique », et indique une forme de naturalisation du matériau informatique.

A mesure que l’informatique concerne tous les domaines de la vie courante, la langue désigne par numérique les terrains de parole et d’écriture reconfigurés. Elle retire simultanément toute attention aux socles techniques sur lesquels les données et les contenus s’exposent et se partagent.

Pris de court par la rapidité des changements, les Etats s’en remettent à des sous-traitances de très grande échelle.  Ils privilégient les « packs » géants (infrastructure, data centers, réseaux, serveurs, applications, contenus) car ils redoutent de ne pas réussir « l’introduction du numérique », ou « la transition numérique ».

Microsoft a ainsi depuis plusieurs décennies configuré le bureau mental de millions d’étudiants. En quelque sorte les vieux mondes avalent ce que l’on a pris pour des nouveaux mondes. Alors que le numérique véhicule des modèles de coopération, d’innovation ascendante, de solidarité, d’énormes organisations logicielles figent les cadres mentaux et les actions humaines dans des configurations assujetties.  Le matériau social de la famille, de la vie professionnelle ou de la vie de loisir, des activités publiques ou privées, ne peut plus désormais se dissocier de la matérialité numérique. Gilles Deleuze annonçait la société de contrôle, qui prenait la suite des sociétés de discipline, et qui allait appeler ses formes propres de résistance.

Créer, pour le cinéma, toujours selon Gilles Deleuze, c’est créer des blocs d’images-mouvement qui sont des actes de résistance. Comment les arts plastiques, le théâtre, les arts vivants traduisent-ils aujourd’hui ces lignes de savoir et de pouvoir ? Comment les arts vivants résistent-ils aux codes numériques qui organisent l’expérience sensible ?

Professeur à l’Université Paris Descartes, Vice-président du CNNum (Conseil national du numérique, France), Sophie Pène développera quelques pistes sur ces sujets.

Geneviève Fraisse

je 27.04 — 18:30

Philosophe et historienne de la pensée féministe, Directrice de recherche émérite au CNRS.

Sexuation et émancipations

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Directrice de recherche émérite au CNRS, Geneviève Fraisse est une historienne de la pensée féministe et philosophe française.

Elle est née aux Murs blancs, lieu communautaire fondé par Emmanuel Mounier à Châtenay-Malabry. Ses parents Paul Fraisse, auteur de livres de psychologie expérimentale, et Simone Fraisse, auteure de livres sur Charles Péguy, Ernest Renan, Simone Weil, étaient professeurs à la Sorbonne. À la suite de mai 68, elle participe, autour de Jacques Rancière, à la création de la revue Les Révoltes logiques (1975).

Auteure de nombreux ouvrages, ses travaux portent sur l’histoire de la controverse des sexes du point de vue épistémologique et politique. Ses recherches l’ont amenée à conceptualiser le « service domestique », la « démocratie exclusive », la « raison des femmes », les « deux gouvernements », le « mélange des sexes » et, plus récemment, le « consentement ». La complexité de la réflexion sur les sexes l’a conduite à travailler étroitement avec les historiennes, notamment pour la synthèse de l’Histoire des femmes en Occident.Geneviève Fraisse est entrée au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) en 1983.

Elle a participé à la création du Collège international de philosophie (CIPH) (1984). Elle a été chercheure invitée à l’Institute for Advanced Study en 1990. Docteure d’État, elle est directrice de recherche au CNRS depuis 1997.