Les Halles de Schaerbeek — Brussels —

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Sacré jardin

Par Laurence Kahn

 

J’ai trouvé hier sur le trottoir devant chez moi, une tige de géranium. Je l’ai placée dans un verre d’eau pour qu’elle fasse des racines. Et ce matin, je me surprends à chantonner Sacré géranium, tu sens bon la terre… Dick Annegarn. Ah, ce qu’on est bien dans ce jardin, loin des engins…

Les associations d’idées suivent leur cours. C'était un petit jardin qui sentait bon le Métropolitain… Jacques Dutronc. De grâce, de grâce, monsieur le promoteur, de grâce, de grâce, ne coupez pas mes fleurs…

Intriguée, j’effectue une petite recherche thématique. Apparaissent Le jardin extraordinaire de Charles Trenet, Il y avait un jardin de Georges Moustaki et Donnez-nous des jardins de Pierre Perret. Toutes ces chansons dépeignent les jardins comme des lieux d’insouciance et de liberté, des espaces menacés par le monde marchand. Quelle vie merveilleuse loin des marteaux-piqueurs, des marchands de béton, qui feraient bien mieux de vendre des choux-fleurs chante Pierre Perret.

Chanter. Déchanter. Je sens vibrer cette note faite de mélancolie, de crainte pour le futur, hantée par la vision d’une armée surpuissante de pelleteuses, logiques mercantiles sans états d’âme. Un sentiment d’impuissance m’envahit. Un être minuscule face à un bulldozer. La sensation d’écrasement est si forte qu’elle me coupe le souffle. Puis surgit une riposte, un refus impérieux du fatalisme. Pas question de baisser les bras. Alors qu’est-ce qui est possible et comment ? Comment protéger ses forces du désespoir, empêcher l’ironie de répandre son odeur désabusée ?

C’est entre autres au cœur de ces questions que le collectif Greta Koetz a plongé pour créer son spectacle Le Jardin. Une création née dans les cheminements d’un processus collectif : chercher ensemble, échanger, construire et choisir sa pratique théâtrale. Expérimenter le fonctionnement de groupe.[1] Une manière de s’unir adoptée à la sortie de l’école par le collectif qui réunit des acteurs issus du Conservatoire royal de Liège et un musicien.[2] Tâtonner, apprendre, essayer des alternatives, dépister les automatismes dans le mode de fonctionnement. Bricoler ses modèles. Cela demande du temps. Le temps de la réflexion, le temps de la distance, les temps des discussions, le temps des désaccords, le temps de se poser, de se questionner, de sentir, de respirer, de s’inspirer des alentours, d’attendre.

C’est un peu ce temps-là aussi qu’offre un jardin. Un lieu qui n’ignore pas la présence des menaces mais qui tente d’exister.

 

[1] Pour lire l’intégralité de l’entretien réalisé avec le collectif Greta Koetz par Alternatives théâtrales : https://blog.alternativestheatrales.be/greta-koetz/

[2] http://www.gretakoetz.be/

 

Michel Reuss