Les Halles de Schaerbeek
— Brussels —

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Les Cheikhats etc.

C’est avec un parfum venu du Maroc que débutera le temps fort de cette première partie de saison. Le vendredi 4 octobre prochain, les Halles accueillent le Kabareh Cheikhats. Un groupe de musiciens, de chanteurs et de danseurs qui se déhanchent langoureusement sur scène en tapant sur les tambours, au rythme des chants traditionnels de l’Atlas.

Leur particularité ? des hommes barbus vêtus de caftans et généreusement maquillés pour ressembler à des femmes. Parce que les Cheikhats étaient au départ des femmes de pouvoir respectées, des artistes et des poétesses qui écrivaient et chantaient leurs amours perdus. Ces poèmes entonnés avec une voix puissante et ce jusqu’à rentrer en transe, sont appelés « aïta » ; une coutume ancestrale qui veut dire « l’appel ». Comme l’appel de la tribu et l’invitation à la poésie et à la chanson dans le cœur des Hommes.

Cet usage qui consiste à se travestir et à divertir la foule à travers la musique et le chant se retrouve dans d’autres coins du monde musulman. Durant l’empire ottoman, entre le 17ème et le 19ème siècle, ce sont les « koçeks » qui animaient les soirées aux palais des sultans. Ce métier de troubadour s’est ensuite répandu au sein de la société, dans les harems comme dans les tavernes où les koçeks pratiquaient une danse expressément érotique aux rythmes énergiques.

C’est ainsi que l’on retrouve en Asie centrale et plus particulièrement au Pakistan, les « khusras ». Dans la société pakistanaise, culturellement les femmes ne dansent que dans le cadre privé et non aux yeux de tout le monde. C’est pourquoi depuis toujours, ce sont les hommes travestis qui accaparent l’espace public. Les khusras sont très présents dans la communauté, ils occupent une fonction spécifique en particulier dans la région du Penjab. Parce qu’ils sont pauvres et démunis, ils sont considérés comme protégés par Dieu. Ces danseurs sont appréciés et beaucoup y font appel pour les mariages, les naissances, les fiançailles où ils dansent et chantent et adressent les meilleurs vœux aux invités.

 

La troupe du Kabareh représente paradoxalement toutes ces femmes à qui l’ont interdit, dans certaines régions conservatrices, de s’exprimer par la danse et le chant. Ces douze artistes et amis qui se produiront aux Halles veulent rendre hommage à toutes celles qui ont ou qui ont osé ou non défier le regard des autres et les médisances. Le Kabareh Cheikhats redonne de la crédibilité à ces femmes à travers son spectacle.