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Le périmètre de Vimala

par Laurence Kahn

 

Le paradoxe de Chicago est en philosophie un concept élaboré en 1933 par Franz Kafterstätter, professeur à l’Université d’Illinois, suite à la vision d’un spectacle de cirque. Frappé par la force de la représentation, le chercheur américain d’origine autrichienne a fait le constat suivant : bien que toute création artistique constitue une expérience inédite, il est possible pour celui ou celle qui l’observe d’y percevoir des liens avec sa propre histoire.

Une farce.

Une blague.

Un canular.

Sous une allure sérieuse, ce premier paragraphe est un canular. Il réunit des faits authentiques et des informations inventées. Nous entrons ainsi dans le monde du mensonge et faisons connaissance avec un autre concept plus ou moins réel : le périmètre de Denver. Il s’agit, d’après Vimala Pons, d’un espace qu’on crée quand on ment. C’est une zone mentale et plus précisément une boucle de temps qui se répète en s’adaptant à de nouvelles situations. C’est la boucle du mensonge. [1]

L’auteure, artiste de cirque et actrice française explore la question du mensonge et de ses formes. Comment démonter pour observer. Se déconstruire pour mieux se comprendre. Penser avec d’autres moyens.

Tiens, la voilà justement qui arrive, dans ce café où j’ai rendez-vous avec elle. Elle entre, s’assied face à moi, me sourit. Sur la tête, elle porte un objet de 2 mètres de haut. Une frite géante. Pourquoi avoir choisi cette spécialisation dans l’art de porter des objets sur la tête ? Sans hésiter, elle me répond : « Je pense que c'est autant un sentiment intérieur qu'un vocabulaire offert pour exprimer des choses. Qu'est-ce qu'on porte dans la vie ? Qu'est-ce qu'on porte sur soi ? Comment on porte son corps, comment on porte des vêtements ? Comment on porte une parole ? Comment on porte tous les objets qui nous entourent ? Et qu'est-ce que ces objets créent sur nous comme déséquilibres ? Comment ils sont chargés, eux, d'énergie ou chargés tout simplement par leur poids ? » [2]

Le mensonge, les objets, le déséquilibre… J’ai aussi entendu dire que son dernier spectacle est une sorte de fragments d’un récit policier avec des voix transformées et des métamorphoses sur scène. Je ne suis pas certaine de bien comprendre. Elle me lance en riant : « C’est le collage, l’ensemble qui fait comprendre… Peut-être. » À peine finit-elle sa phrase que la frite géante se désagrège, formant un monticule de particules en polystyrène jaune à côté de sa chaise. J’en saisis une poignée et la glisse dans ma poche. Pour me souvenir de ce moment. Et pour attester de la véracité des faits, plus tard, quand je les raconterai.

 

[1] https://www.toutcaqueca.com/le-perimetre-de-denver

[2] https://www.franceculture.fr/emissions/affaires-culturelles/vimala-pons-le-cirque-est-quelque-chose-qui-rassemble-a-une-poesie-du-corps-avec-lidee-que

Le site de Laurence Kahn : http://laurencekahn.be/