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Les Halles de Schaerbeek — Brussels —

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Inga H. - Rencontre à l'arr(h)ache d'une performeuse islandaise

Une islandaise à Bruxelles

C’est dans le quartier de la Senne à Bruxelles que nous rencontrons Inga Huld Hàkonardottir. Dans le calme d’un ancien atelier d’artistes aujourd’hui transformé en lofts, la danseuse-chorégraphe-performeuse islandaise nous accueille chaleureusement dans son salon-cuisine baigné d’un soleil blanc, encore hivernal. Notre entretien démarre par le traditionnel « qui êtes-vous ? » et traitera de son spectacle, de matériaux bruts et de sa grand-mère.

Dans son pays d’origine, la communauté artistique, et en particulier indépendante, a beaucoup grandit. Et elle s’en réjouit. Mais c’est en Belgique qu’elle vit. Inga y trouvait le niveau et l’intérêt pour la danse particulièrement intéressant. Le public belge lui semblait assez réceptif à la danse contemporaine. Alors, elle s’est installée à Bruxelles pour y suivre des études (P.A.R.T.S.) d’abord, pour y travailler ensuite, depuis 10 ans.

Faire feu de tout bois

Pour Again the Sunset, sa dernière création aux « intentions musicales », la réflexion a débuté avec l’envie de combiner musique, voix et performance. Au départ, c’est seule qu’elle a entamé les recherches et rapidement, elle a eu besoin de tester ses idées avec d’autres. Elle cherchait une action, un mouvement pour créer du rythme. Des éléments bruts, matériels pour accompagner le texte et la voix.

C’est son ami et performeur Gaëtan Rusquet qui lui donne LE contact. Performeur, un mot qu’Inga affectionne tant il renferme une infinité de possibles, de définitions. Tant il abolit les barrières entre disciplines pour mieux permettre les mariages fortuits, inattendus.

Gaëtan donc, lui recommande Yann Leguay – avec qui il a collaboré pour Meanwhile-, un musicien et artiste visuel français basé aussi à Bruxelles. Il travaille les matériaux bruts et leur transformation, les instruments inhabituels comme l’électricité ou la pierre. Pour Again the sunset, il lui proposera d’utiliser le bois et la hache.

L’Islande, encore

L’inspiration première qui a guidé l’écriture de Again the Sunset, est à trouver dans un ouvrage d’une autre Inga Huld Hàkonardottir : sa grand-mère[1].

Historienne de l’éducation, autrice et journaliste, elle a écrit sur les femmes en Islande et plus particulièrement sur l’amour, les relations intimes et leur caractère brutal. Des siècles durant, les relations entre les sexes en Islande étaient régis par une société où l'église et les autorités ne considéraient aucun individu hors-cadre, vivant hors des limites acceptées de l'amour et du mariage. Dans son livre, elle rapporte les changements législatifs et les lois parfois violentes et souvent absurdes qui sévissaient alors.

À partir de là, Inga a analysé les stéréotypes de cet ancien régime et observé ceux qui ont persisté ou au contraire disparu.

Du duo qu’elle forme avec Yann, la performeuse voudrait que l’on retienne l’énergie qui se dégage de certaines scènes. Comme celle où ils frappent une bûche de leur hache : c’est laborieux, physiquement exigeant, astreignant. Des énergies tenaces, de celles qui nous font avancer, sans jamais renoncer.

 

[1] HULD HAKONARDOTTIR, Inga. Fjarri hlýju hjónasængur: öðruvísi Íslandssaga. Reykjavík, Mál og menning, 1995