Les Halles de Schaerbeek — Brussel —

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Olivier Dubois par Philippe Verrièle

Il y a dans le corps d'Olivier Dubois une tension qui dit l'urgence. Le chorégraphe passe pour un homme pressé. Sa fulgurante ascension pourrait le faire croire.

Six ans après sa première grande chorégraphie (le solo Pour tout l’or du monde, Avignon 2006) il succède à Carolyn Carlson à la tête du CCN de Roubaix. Même si l'on remonte à sa toute première proposition (Under Cover, 1999),le parcours avait cette fulgurance qui évoquait ceux des «jeunes créateurs» des années 1980 et il a suscité quelques malentendus.

Car Dubois n'est pas pressé, il était juste parti tard, reconnaissant : « c’est seulement à 23 ans que j’ai eu envie de danser ». Ensuite, la tension est là, au service d'une volonté qui force l'admiration. Deux cours de classique et deux de contemporain par jour ; en 1997, il est engagé dans sa première compagnie, Silenda, que dirigent Damiano Foa et Laura Simi. Pour un danseur né en 1972, la performance dit l'obstination. S'il danse ensuite pour quelques maîtres majeurs — Prejlocaj (1998-2002) ou Fabre (2003-2007) — la volonté en marche le porte déjà vers la création. La tension encore… Quand il entre sur le plateau pour quelques-uns de ces solos où sa présence tranche immédiatement, par exemple dans Faune(s), à Avignon en 2008, et plus encore dans Rouge (2011), ce corps comme resserré paraît concentrer des orages qui ne demandent qu'à fulgurer. Pour retrouver cette concentration d'énergie il lui faut, quand il compose pour d'autres,le groupe voire la masse, l'excès jusqu'à l'épuisement. Il faut, pour retrouver cette puissance, quatorze danseuses tournant sur un Bolero en boucle pendant 2h (Révolution, 2009), dix-huit corps nus descendant implacablement pour Tragédie (2012) - spectacle à l'affiche des Halles ces 19 et 20 octobre-, vingt-deux éperdus dans leurs courses sans fin pour Auguri (2016). Et donc toujours le malentendu. Dubois passe pour un chorégraphe de groupe, il l'est de la concentration. Comme un trou noir ou mieux encore, un pulsar. Tout de tension, il envoie des bouffées d'énergie folle.