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Les Halles de Schaerbeek — Bruxelles —

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ATLA

Louise Vanneste

DÉAMBULATION CHOREGRAPHIQUE,
RÉGIMES APPROPRIÉS DE PERCEPTION

Entre installation et représentation scénique, atla propose une déambulation chorégraphique et immersive. Ce choix s’inscrit dans le prolongement de nécessités déjà mises au travail lors des dernières créations de Louise Vanneste déjouer la réception frontale, plonger le spectateur dans une plus grande intimité avec l’objet chorégraphique, sans annuler pour autant son plaisir de la contemplation, lui laisser la possibilité d’inventer son propre rapport au temps et à l’espace en faisant coexister dans une simultanéité différentes forces et entités autonomes.

L’objet chorégraphique rompt avec une représentation frontale qui serait saisie à distance par le seul organe de la vue (il implique l’ensemble des moyens d’appréhension sensoriels). Il bat en brêche le privilège accordé au régime du visuel, en donnant à vivre au spectateur une expérience multisensorielle. Il se fait environnement et intègre à sa logique aussi bien la réalité physique de l’espace construit que la dimension sensible, le vécu individuel et collectif. La chorégraphie fait corps avec celui qui la vit. Comme dans une œuvre plastique, le danseur peut être simplement en présence de celui qui le regarde.

Les enjeux dramaturgiques et d’écriture reposent sur l’articulation de composantes généralement dissociées, la fusion d’éléments habituellement disjoints. La chorégraphie devient une architecture attentive aux ambiances : elle ambitionne un traitement conjoint des caractéristiques de la chose construite et de l’ensemble de ses effets sur ses destinataires, les spectateurs.

MOMENTS CHORÉGRAPHIQUES, ISOLÉS ET ENSEMBLE

De par son caractère immersif, atla échappe aux lois de la narration classique, au déroulement irréversible du temps et à l’homogénéité de l’espace. L’objet chorégraphique constitue un univers à regarder sous différents angles qui rompt avec les conventions, un enchainement attendu des idées. Il propose une logique qui tient de l’œuvre ouverte, qui préfère à la délivrance d’un message univoque ou prévisible le déploiement d’un faisceau de suggestions. L’ensemble des « moments » chorégraphiques qui le composent s’organisent en espaces – temps distincts, constellation d’événements, système de forces réciproques, qui impliquent le spectateur dans une transformation dynamique. La composition se fait volontairement discontinue, les vides y ont la même valeur que les pleins, les interstices sont pensés au même titre que les entités elles-mêmes, au sein de ce nouvel archipel de sens.

Les principes de symétrie, de répétition et de ressemblance dissemblable, déjà très présents dans les œuvres de Louise Vanneste, font aussi écho aux liens entretenus entre Robinson et Vendredi dans le roman de Michel Tournier, Vendredi ou les limbes du pacifique, source d’inspiration première de atla. La géographie de ces rapports servira d’outils au montage et au dispositif global.

EFFACER LA NOTION DE MÉDIUM AU PROFIT DE LA CHORÉGRAPHIE

Le corps dansé n’est pas un élément omniprésent. La vidéo, la lumière, le son prennent son relai, se lient et s’autonomisent pour écrire. Ils font tout autant corps dans l’espace qu’ils posent d’autres enjeux de perception du temps, du mouvement, appellent d’autres corps. Les problématiques chorégraphiques dépassent le corps en scène. Sa représentation dans un cadre cinématographique par l’intermédiaire de l’écran, sa présence discrète, voire son absence démultiplient les perspectives chorégraphiques.

Qu’est-ce qui fait chorégraphie ?

Comment se fait la lecture chorégraphique ?

Quel type d’écriture suppose ce contexte particulier ?

Et comment introduire de la continuité et de la lisibilité dans un contexte fragmenté ?

LITTÉRATURE

Vendredi ou les limbes du Pacifique de l’écrivain Michel Tournier est le point de départ d’atla ; c’est bien le roman qui génère l’environnement chorégraphique. Tournier y fait le récit du mythe de Robinson Crusoé, depuis son naufrage sur une île déserte jusqu’à sa rencontre avec Vendredi. Il porte une attention particulière à l’expérience physique de Robinson confronté à la solitude, à la terre comme matière élémentaire, à l’animal, à la chaleur du soleil et, avec Vendredi, au corps de l’autre comme outil de travail ou comme miroir de soi surgissant après 28 ans d’isolement.

Au travers de ce roman décrit comme une aventure philosophique, Robinson pourrait être l’archétype de l’homme occidental d’aujourd’hui : il marque son attachement à la civilisation pour survivre psychologiquement sur l’île déserte de Speranza. Quant à Vendredi, il symbolise plutôt ce qui manquerait à Robinson : il va lui permettre de se défaire de l’influence de la civilisation et d’aller à la rencontre de l’île.

L’île est investie comme espace isolé, comme territoire que Robinson doit s’approprier, à la fois comme condition de solitude et compagne. Le paysage demeure une image relativement immobile, totalement dénuée d’humains.

Les extraits du roman qui décrivent les corps des personnages de Robinson et de Vendredi en action deviennent sources d’écriture chorégraphique. Souvent, le procédé d’écriture de Louise Vanneste consiste à partir de situations réelles pour initier des mouvements et des suites de mouvements, certaines qualités et certains états de présence. Il peut s’agir par exemple d’un entrainement de boxe, du fait de mesurer un espace, ou d’un astronaute qui effectue une sortie de son véhicule pour réparer une station spatiale (Thérians, 2017, Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis). Le corps se met au service des nécessités physiques de la situation imaginée et de son évolution. Il génère un vocabulaire, une dynamique et un phrasé chorégraphiques propres à cet imaginaire. Ce n’est ni du mime ni du théâtre sans parole. C’est plutôt une opération de traduction et de transposition réalisée par la danseuse ou le danseur. La situation réelle est une source d’inspiration qui projette le corps dans un état et un contexte spatio-temporels précis et dans lequel les danseurs évoluent. Il y a lien instantané entre l’activité mentale (ici elle-même issue de la remémoration d’une situation d’un livre) et la production spatio-temporelle du corps en mouvement.

CARTOGRAPHIE

Avec le roman de Tournier pour point d’appui, la déambulation comme condition de réception et l’usage des différents médiums, chorégraphier revient ici davantage à ouvrir une route dans le territoire de l’imaginaire. C’est une invitation faite au spectateur à déambuler au travers d’une carte chorégraphique fantasmée, ni totalement abstraite, ni tout à fait réelle, et qui présente un ensemble d’éléments indépendants qui se juxtaposent, s’effeuillent ou s’influencent.

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Concept & chorégraphie : Louise Vanneste

En collaboration avec
Musique : Cédric Dambrain
Scénographie : Arnaud Gerniers
Œuvre textile : Elise Peroi
Éclairage : Arnaud Gerniers, Benjamin van Thiel
Vidéo : Stéphane Broc
Regard extérieur : Anja Röttgerkamp
Collaboration artistique : Emmanuelle Nizou
Costumes : Camille Queval
Régie générale : Yorrick Detroy
Chorégraphie & danse : Paula Almiron, Anton Dambrain, Amandine Laval, Gabriel Schenker
Performance : Elise Peroi, Gwendoline Robin
Diffusion & production : Alix Sarrade (Alma Office)
Administration : Gabriel Nahoum
Remerciements : Camille Louis, Ictus, Studio Thor

Production Louise Vanneste / Rising Horses et DC&J Création

Coproduction Charleroi danse, Kunstenfestivaldesarts, les Halles de Schaerbeek, le Théâtre de Liège et Le Gymnase - CDCN Roubaix / Haut de France

En partenariat avec La Bellone

Avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles, du Tax Shelter du Gouvernement Fédéral de Belgique et d’Inver Tax Shelter

© Photo : Stéphane Broc