Les Halles de Schaerbeek — Brussel —

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Kaori Ito : "Nous allons danser pour parler avec nos fantômes."

"Dans mon travail, j’essaye de donner corps aux choses invisibles, pour les rendre visibles.

Avec ce projet, je crois que j’aimerais parler de “La perte”. Dans notre vie, il y a d’abord la naissance et très vite on commence à perdre des gens autour de nous. Je suis de plus en plus consciente de ces pertes et des fantômes, tous ceux qui sont invisibles.

J’ai commencé par écrire des lettres aux gens qui sont morts, comme si on pouvait continuer de parler avec eux. Au Japon, on vit avec les fantômes et nos ancêtres et on peut continuer de se parler.

Ensuite, on s’est échangé des lettres avec Delphine (Lanson). Elle a perdu beaucoup d’amis autour d’elle. Je me retrouve dans son écriture car elle dégage une force de vie et un sens de l'humour de ces drames. Dans ces lettres, émerge aussi le fait que l’on pardonne et ne garde en mémoire que des souvenirs doux des morts, tandis qu’on se sent encore mal avec les vivants. Ce « Pardon » est une manière d’accepter la mort et de garder une distance par rapport à la vie.

J’aimerais aussi que Delphine danse comme moi, avec son corps généreux et ses cheveux blonds. Elle est l’opposé de moi de l'extérieur mais très proche de l'intérieur. Elle est une femme libre. Elle va danser, parler et chanter avec cinq autres danseurs en travaillant une danse d’esprits dans une énergie explosive.

Nous allons danser pour parler avec ces personnes qui sont parties, avec nos fantômes, nos invisibles.

Après la trilogie sur ma propre intimité, j’ai envie d’aller chercher l’intime chez les autres, de la mettre en lumière. J’aimerais travailler avec 5 danseurs jeunes mais puissants sur une énergie suicidaire, comme s’ils allaient finir leur vie à n’importe quel moment, comme des esprits qui volent partout pour essayer de compenser cette « perte » de la personne. Ça doit être une danse très intense comme s’ils dansaient pour mourir.

Chaque danseur et Delphine a écrit des lettres à des personnes qui sont perdues. Dans ces lettres, chacun a sa propre manière de parler, de s’adresser aux morts qui vivent en eux. J’ai été très étonnée par la sérénité de ces interprètes. Je suis surprise par eux et ces échanges sont très intenses et inspirants pour moi. Ces lettres deviennent une seule lettre, comme une seule voix, ensemble d’humanité qui parle d’invisible."

Kaori Ito, Chers/Note d'intention

Anaïs Baseilhac