Rodeo
Léa Drouet
Un an et demi après le premier confinement, en janvier 2022, je tombe malade lors de la cinquième vague de Covid. Les symptômes persistent : nausées, maux de tête, épuisement, troubles de la mémoire, brouillard mental.On parle de Covid long. Je le traverse non comme une fatalité dont je serais l’une des victimes isolées, mais plutôt comme la mémoire d’un trauma collectif oublié : le confinement, le retrait des libertés, l’isolement, l’affaiblissement de nos défenses immunitaires que l’on croit sauver par la mise en place de gestes barrières, l’étouffement des corps et du mouvement des Gilets jaunes.
À partir de cette expérience qui est devenue mon quotidien, avec l’équipe de Rodéo, nous travaillons sur l’inflammation et surtout sur les conditions et les effets de l’embrasement. Q’est ce qui le produit, construit des terrains propices à son apparition? Qu’est ce qui reste de lui et qu’est ce que ce reste – la fumée, la brume – peut nous enseigner au sujet de ce qui n’est pas juste un accident momentané mais la création d’un nouveau milieu d’expérience qu’on veut trop vite « apaiser », autrement dit, étouffer.
Nous relions le corps intime au corps social et au corps terrestre.À Villeurbanne, où j’ai grandi dans les années 1980, nous nous approchons de l’histoire du quartier Olivier-de-Serres, appelé par ses habitant·es « la médina brumeuse », où, dès la fin des années 1960, serait née la pratique du rodéo et de la voiture brûlée. Sous la grosse imagerie des « violences urbaines » largement diffusée dans les années 80, nous tentons de faire remonter tout autant la fabrique de l’image que les histoires piétinées de ceux qu’on a stigmatisés comme les fouteurs de feu.À Bruxelles, où je vis aujourd’hui, nous traversons la forêt de Soignes et, sous l’apparente beauté du végétal qui, en pleine urbanité, nous laisse respirer, nous observons un corps forestier soumis à la sécheresse et à la pression urbaine.
Avec Camille Louis, autrice et dramaturge du projet, nous écrivons à partir de fragments et d’états, en faisant du brouillard mental une méthode et une esthétique. Nous avançons par excavations partielles : récits, souvenirs et archives étouffées qui affleurent sans se recomposer entièrement. Dans Rodéo, il n’y a donc ni révélation ni résolution : fragments de textes, de sons et d’images composent un paysage scénique traversé par trois performeur·euses qui construisent un étrange concert mémoriel.
Mise en scène Léa Drouet
Interprétation Juliette Chmielarz, Léa Drouet, Eli Mathieu-Bustos
Textes, dramaturgie Camille Louis
Scénographie, costumes Carolin Gieszner (touche—touche)
Réalisation costumes Ateliers du Théâtre de Liège
Création sonore Elg
Lumières Léonard Cornevin
Collaboration à la chorégraphie Manon Santkin
Régie générale Ferri Van Overstraeten
Production, diffusion, communication AMA brussels - Babacar Ba, Clara Schmitt, Emi Parot, France Morin, Noémie Van Cauwelaert
Production déléguée Vaisseau asbl
Coproduction Théâtre de Liège, le Varia, Centre des Arts scéniques, les Halles de Schaerbeek, les SUBS, BUDA, Festival d’Automne, Maillon-Théâtre de Strasbourg, scène européenne, la Coop asbl et Shelter Prod.
Avec l’aide de La Fédération Wallonie-Bruxelles, Service Général de la Création Artistique – Direction du Théâtre, Wallonie-Bruxelles International, Wallonie-Bruxelles Théâtre / Danse
Avec le soutien de taxshelter.be, ING et du tax shelter du gouvernement fédéral belge
En partenariat avec le Centre des Arts scéniques
Résidences BUDA, Les SUBS, la Bellone,Théâtre de Liège, le Varia
Un projet coproduit par la plateforme Prospero New European Wave (Prospero NEW), cofinancé par le programme Creative Europe de l’Union européenne.