Les Halles (default image)

Les Halles de Schaerbeek — Bruxelles —

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Pour un décloisonnement artistique

Cette année, la saison des Halles est traversée par un fil conducteur : des spectacles dont la scénographie est marquée par un travail graphique fort. Des représentations qui se font œuvres d’art total, à la mi-chemin entre environnement, art plastique, performance et spectacle vivant.

Écriture de l’espace et des volumes, la scénographie interroge l’espace de l’homme et de ses représentation. Elle est l’art de mettre en tension le corps du sujet avec l’espace et le temps dans lesquels il évolue. Menant une réflexion permanente sur la représentation, la scénographie mobilise ainsi différentes formes d’expressions artistiques et remet en question constamment les matériaux utilisés.

Partant de ce constat, la création scénographique est un élément prégnant dans la construction d’un spectacle. Inspiré par la rencontre avec le peintre Frédéric Amat, l’approche graphique des créations de Baro d’evel, notamment, est ainsi imprégnée d’une réflexion sur la mise en scène de l’espace. Dans le dytique et Falaise, la compagnie a fait appel au scénographe Lluc Castells, artiste qui se consacre, après des études de dessin, à la scénographie et à la conception de costumes. Il élabore pour Baro d’evel un travail autour du blanc et du noir. Pour , il utilise du blanc de Meudon, un pigment à base d’argile utilisé traditionnellement dans la peinture : en couvrant les parois de la scène d’une couche de blanc immaculé, il métamorphose l’espace scénique en toile de peintre. Falaise, second volet du dytique, n’est pas une suite mais l’envers. L’espace scénique est noir, mais les figures qui le traversent, hommes et animaux eux sont blancs. Figurant par des matériaux précaires une société sombre qui s’effrite. La scénographie donne à voir ici un tableau d’une grande poésie.

Tableau. C’est aussi le point de départ d’une série de créations de la chorégraphe Nicole Mossoux. Déambulation fantasmagorique empreinte d’inquiétante étrangeté, The Great He-Goat renoue avec la recherche picturale déjà initiée avec Les Dernières Hallucinations de Lucas Granach l’Ancien (2000). La Cie Mossoux-Bonté s’inspire pour son dernier spectacle des travaux du maître espagnole, Franscio de Goya. Tirant son nom du Sabbat des Sorcières ou Grand Bouc issu de la série des Pinturas Negras, The Great He-Goat figure, dans une danse macabre, des sorte tableaux vivants. Les corps démembrés et démultipliés par des prothèses et des marionnettes hyperréalistes émergent de l’ombre dans une trans mystique, restituant ainsi les figures grotesques, voir cauchemardesques, des peintures de Goya.

Ces corps métamorphosés par des jeux graphiques et des prothèses anatomiques, on les retrouvera également dans la création d’Euripide Laskaridis, Elenit. Le chorégraphe grec conçoit des scénographies d’images à partir de matériaux et d’objets hétéroclites. Ces objets, qui se font partenaires de jeu des interprètes, peuvent être perçus tel des ready made, déployant à l’infini le champ des significations.

Falaise, The Great He-Goat, ou encore Elenit, voici une sélection des spectacles qui décloisonnent les expressions artistiques, laissant les arts visuels pénétrer les arts de la scène. Et inversement.