Les Halles de Schaerbeek — Bruxelles —

Splash timer

Richard et la chronophotographie

Par Michel Reuss

En prévision de son passage à Bruxelles avec Esquive, son dernier spectacle, Gaëtan Levêque nous a parlé de Richard Tison. Tison? Oui, un des pionniers du trampolinisme français. Deux fois champion du monde en 74 & 76, qui s'est aussi cassé la pipe en direct sur le plateau de Philippe Bouvard. Scène de télé quasi burlesque qui a fait le tour de la toile. Mais c'est une autre histoire.

Richard Tison a mené le trampolinisme à son plus haut niveau et inspiré plusieurs générations de sportifs et de circassiens. Son impressionnante maîtrise est illustrée dans le film Tison vol (INSEP, 1979) et il nous raconte sa carrière dans une interview accessible sur dailymotion. Comme Tison, le trampoline a lui aussi connu une destinée étonnante. De simple attraction de plage il est devenu un agrès incontournable de la gymnastique sportive de haut vol et des arts du cirque.

Pour apprendre à maîtriser cet engin, acquérir une technique digne de ce nom et aller de l'avant, Tison est allé à la rencontre de Paul Luxon l'anglais, champion du monde en 1972. Et c'est en s'abreuvant à la technique presque parfaite de Luxon qu'il va se hisser au plus haut niveau. Dans cette quête de perfection, une technique singulière fait son apparition : la chronophotographie. La chrono quoi?

Reprenons. La photographie voit le jour autour de 1830. Et cette année-là naissent précisément deux grands pionniers de ce nouveau médium : le français Étienne-Jules Marey et l'anglais Eadweard Muybridge. Marey et Muybridge sont connus pour avoir développé - chacun de leur côté de la Manche - un procédé de saisie photographique de mouvements imperceptibles à l'oeil nu. Leurs travaux ont permis d'analyser avec précision - mais aussi beaucoup de poésie et parfois même une étrange sensualité - la diversité des modes de locomotion animal et humain. Ils ont révolutionné et enrichi notre vision du monde. Et leurs images sont aujourd'hui classées parmi les oeuvres majeures de l'histoire de la photographie.

Dans les années 70, c'est à la chronophotographie que Tison et ses acolytes de l'équipe de France de trampoline ont fait appel pour s'approcher au plus près de la technique de Paul Luxon. Ils ont organisé des séances de prise de vue et décomposé leurs sauts afin d'en maîtriser les moindres aspects. De ces séances, il nous reste quelques magnifiques images d'athlètes saisis en plein vol comme des oiseaux de Muybridge ou de Marey.