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Les Halles de Schaerbeek — Brussel —

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Yoruba, une philosophie à l'épreuve du temps

Vous en avez vu les masques, les sculptures. Vous avez certainement entendu parler de leurs royaumes d’antan, dont Ife et Oyo. Ils sont plusieurs millions sur le continent africain et principalement au Nigéria.

Il s’agit de la communauté Yoruba. À travers les âges, elle s’est illustrée par une riche production artistique et artisanale : sculpture, littérature, ferronnerie, tissage, vannerie, travail du cuir, du verre, de l’ivoire, du bronze …

Qudus Onikeku, chorégraphe et danseur nigérian, a développé son projet artistique au départ de tous les aspects de la culture Yoruba, dont il est issu. Celle-ci accorde une grande importance aux mouvements corporels intenses comme moyen d’influencer l’homme et le divin. Avec re :incarnation [1], l’artiste oppose la mémoire vive des corps au temps linéaire tel que vu en occident: passé, présent et futur sont confondus.

Avant une religion, une philosophie

Au-delà des arts, le terme yoruba désigne également une langue, une philosophie et une religion.

La philosophie yoruba, tente comme beaucoup d’autres, d’expliquer les causes et la nature des choses affectant l’univers matériel et spirituel.

Par ses mythes, allégories, poésies et ses savoirs - comme le fondamental système de divination Ifa[2]-, cette culture est le moyen de rappeler aux communautés yoruba leurs origines. C’est une philosophie populaire qui valorise les vertus essentielles de son peuple, à savoir l'amour, la moralité, la tempérance, l'honnêteté, l'honneur, la bravoure, la justice, la prudence et la force d'âme.

Même si de nombreux Yoruba sont aujourd'hui chrétiens ou musulmans, des aspects de leur religion traditionnelle subsistent. Il s’agit d’un panthéon élaboré de divinités, dont un créateur suprême -Ọlọ́run- et environ 400 dieux et esprits inférieurs, ayant chacun ses propres cultes et prêtres.

Au-delà de l’Afrique, au-delà du temps

Dès le 17ème siècle, avec la traite des esclaves, les Yoruba du Nigéria et du Bénin ont été déportés en Amérique. Leurs croyances se sont alors répandues à Cuba, Haïti, au Brésil, en Guyane ou encore en Jamaïque. Ainsi, sont apparus de nouveaux rites et religions directement dérivés de la religion yoruba tels que le vodou haïtien, la santeria cubaine, le candomblé brésilien…

Malgré les évangélisations massives qu’ont connu les pays africains, il reste au Nigeria des prêtres yorubas qui encore vous prédisent les lendemains par jet de coquillages. Mais c’est aussi dans la musique, comme dans l’afro-beat de Fela Kuti, dans les rythmes des carnavals brésiliens, d’Armstrong, Monk ou Coltrane que la pensée yoruba a continué d’exister.

La culture Yoruba aura résisté à nombre de censures, à l’esclavage, à la suprématie monothéiste, en trouvant d’autres voies par lesquelles s’exprimer, survivre.

 

[1] Aux Halles le 4 juin

[2] « En contraste avec les autres formes de divination de la région qui font appel à la médiumnité, la divination Ifa ne repose pas sur une personne dotée de pouvoirs oraculaires mais plutôt sur un système de signes qui sont interprétés par un devin, le prêtre Ifa ou babalawo, littéralement "le père du prêtre". Le système de divination Ifa est appliqué lorsqu'une décision importante, individuelle ou collective, doit être prise. »  https://ich.unesco.org/dive/sdg/

 

Le système de divination Ifa