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Les Halles de Schaerbeek — Bruxelles —

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Kabuki, un art ancestral qui a tout du bon film hollywoodien

Filipe Almeida Teixeira

Le kabuki, qui signifie chant, danse et habilité technique est une forme de théâtre japonais qui a su s’adapter et évoluer à travers les siècles. Misant sur une mise en scène et des dispositifs techniques spectaculaires, le kabuki a su mettre tout le monde d’accord et joui aujourd’hui encore d’une grande notoriété. Partons un instant sur les traces de cet art chargé d’histoire.

Au commencement était la Femme

Imaginez-vous à l’époque du Japon féodal, à l’aube du XVIIème siècle. C’est le début de la période Édo caractérisée par sa politique isolationniste.

Au milieu de ça, une prêtresse nommée Okuni, accompagnée de sa troupe itinérante, donne des représentations mixant théâtre et danse. Grâce au caractère sensuel de ces spectacles, Okuni et son groupe connaissent rapidement le succès. Hommes d’affaires, samouraï et paysans se disputent les faveurs des danseuses.

Le shogunat, dont l’objectif est de diminuer la mixité sociale et la prostitution, va interdire les femmes sur scène. À la place, ce sont de jeunes acteurs adolescents qui reprennent le flambeau. Malheureusement ça ne semble pas calmer les ardeurs du public puisque par la suite le kabuki devient un théâtre exclusivement composé d’interprètes d’âge mûr (tradition qui a perduré jusqu’à nos jours).

La danse laisse place aux batailles et les représentations relatent de manière dramatique l’histoire du pays du soleil levant. Amour, vengeance et quiproquo, le kabuki rassemble tout ce qui fait un bon film hollywoodien.

Un art réglé comme une horloge suisse

En plus d’un fond épique, le kabuki prend forme de manière plutôt spectaculaire. Que ce soit la scène, la musique, les costumes ou le maquillage, rien n’est laissé au hasard.

La scène est composée d’éléments bien différents des planches en bois que nous connaissons. Un plateau tournant, des trappes en passant par des passerelles allant de l’auditoire à l’arrière-salle : tout est mis en place pour surprendre le spectateur. Le maquillage lui-même n’est pas choisi au hasard. Il est composé principalement d’une base blanche de poudre de riz sur laquelle on ajoute des marques de couleurs qui viennent accentuer les traits du visage. Mais attention ! Chaque couleur à sa signification. Notez que le rouge représente le « bien » et exprime le courage et la passion alors que le bleu évoque le « mal » et affiche l’envie et la peur.

Chanteurs, shamisen (guitare à trois cordes), percussions, flûtes et autres instruments sont utilisés dans un but narratif mais créent aussi différents types de fonds musicaux et d’effets sonores qui redonnent vie au Japon féodal.

Et aujourd’hui ?

Malgré l’avancée de la modernité au Japon, où tradition et technologie tentent de cohabiter, le théâtre kabuki a su tirer son épingle du jeu. Les principales troupes sont souvent aux quatre coins du monde pour populariser mondialement leurs arts et vont même jusqu’à adapter des pièces occidentales. Aujourd’hui encore le kabuki reste, en matière d’audience, le style de théâtre traditionnel japonais le plus populaire et est même reconnu depuis 2005 comme patrimoine oral et immatériel de l’humanité par l’UNESCO.

Pour découvrir cet art ancestral revisité par la compagnie roumaine « Teatrul National Radu Stanca Sibiu », rendez-vous aux Halles de Schaerbeek les 17, 18 et 19 décembre.