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Les Halles de Schaerbeek — Bruxelles —

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Les états modifiés de conscience : intégrer la transe dans le processus créatif

Pour son module d’Hiver, Winterschool, que les Halles accueillent cette année, le RITCS, Royal Institute for Theater, Cinema and Sound, explore les possibilités créatives qu’offrent les états modifiés de conscience. Avec Corine Sombrum, musicologue et chamane, les étudiants s’exercent à l’auto-induction de la transe. Explications avec les enseignants Simon Mayer (danseur, chorégraphe et musicien), Virginie Pfeiffer (enseignante à l'ESAVL), Emilie Laurent (Etudes d’illustration à St Luc), Meryem le Saget (experte internationale en vision partagée, conduite du changement et dynamiques collaboratives) et Sandrine Tilmann (enseignante Histoire et actualité des arts / costume à l’ESAVL) et Corine Sombrun.

Pouvez-vous nous expliquer l’objet de ce workshop avec le RITCS ?

Corine Sombrun : Nous travaillons sur la transe qui est un potentiel naturel de l’humain. On l’associe souvent au chamanisme notamment, alors qu’il précède celui-ci. L’objectif du travail est donc de se réapproprier ce potentiel cognitif. La « transe cognitive » permet de vivre des états modifiés de conscience, comme la méditation ou l’hypnose, elle fait actuellement l’objet de recherches en neurosciences. Transmettre aux étudiants ce potentiel leur permet de développer la créativité, en limitant les mécanismes d’auto-censure, en retrouvant la joie de la création de l’enfant, le plaisir de s’amuser.

Comment se déroule concrètement un workshop autour de la transe-cognitive avec de jeunes artistes ? 

C.S : L’état de création est déjà un état modifié de conscience car pour tout travail créatif, il faut pouvoir diminuer la prédominance habituelle de la pensée analytique : on perd la notion du temps, on ne sent plus le chaud ni le froid…

Simon Mayer : La transe permet d’entrer dans un état où l’on est mis en mouvement. Comme le danseur qui est mis en mouvement par la musique. Le mouvement est induit non pas par une volonté intérieure, mais par une force qui semble intérieure à soi. Le danseur est pris par l’énergie, la joie, ou peu importe l’émotion.

C.S : C’est un état que l’on a tous vécu, notamment à travers des situations d’urgence : notre force physique est plus importante, on ressent moins la douleur, nous sommes capable soudainement de réaliser des gestes que nous n’avons pas décidés . On sait aujourd’hui que dans ces états d’urgence, la conscience ordinaire réagit trop lentement. Donc systématiquement le cerveau propose une stratégie de survie qui est l’état modifié de conscience. Le cerveau va réagir plus vite à une situation (de l’ordre de 50 millisecondes au lieu de 300 millisecondes dans une situation normale.).
Ces états surgissent naturellement, mais nous ne pouvons pas les provoquer. Ce qu’on a mis en place à travers cet atelier, c’est une méthode pour y accéder à volonté. Non pas pour devenir brusquement génial, mais bien afin d’atteindre un mental moins contrôlant. La transe permet une inhibition du cortex préfrontal qui faciliter l’accès à cet état modifié de conscience. Après une séance ou deux on peut accéder à ce potentiel. Mais tout le travail consiste à apprendre à auto-induire cet état. La transe, comme la méditation peut être induite par la volonté. L’objectif étant que les étudiants apprennent à intégrer cette pratique à leur champs artistique. Au bout d’un atelier de trois jours, ils sont indépendants. Il savent induire la transe par la seule volonté.

Qu’est-ce qui distingue d’ailleurs un état méditatif d’une transe ?

Emilie Laurent: La question est actuellement étudiée par des chercheurs du CHU de Liège spécialisés dans les études en neuroscience des états modifiés de conscience. Au niveau cérébral, il y existe des activations communes et des différences entre ces deux type d’états. Contrairement à nos hypothèses, il y a des zones qui sont inhibées plutôt qu’activées. Ces inhibitions permettent à certaines zones du cerveau plus archaïque d’être plus fortement activées.

Virginie Pfeiffer : La médiation est beaucoup plus statique. La transe induit une envie de bouger, de se mettre en mouvement, de s’exprimer. Les transes silencieuses s’approchent fortement de la médiation. Cependant, la transe génère le désire, dès qu’on en a la possibilité, de pouvoir s’exprimer. Elle permet au corps de se reconnecter à cette intelligence d’expression, de création.

C.S : Par ailleurs, au terme du processus, la transe amène à un état profond de méditation.

S.T : Comme pour la méditation la transe cognitive nécessite un entrainement. Le travail avec les artistes consiste à leur apprendre à maitriser la transe afin de pouvoir explorer cet état  tout en contrôlant son action, action créatrice ici : dessiner, dire un texte, danser. Nous travaillons avec les étudiants sur cet espace où le cerveau accède à une réalité modifiée, voire augmentée, afin qu’ils puissent faire de tous ces sons, ces mouvements qu’ils ont explorés une matière à la création.